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La Plainte

Qui n’a pas dans son entourage (quelqu’un) dont on répète à l’envi qu’il passe son temps à se plaindre ?…ces appels éprouvants d’une personne volubile qui étire interminablement la liste de ce qui ne va pas…

Dans notre culture européenne, on considère qu’il n’est pas viril d’exprimer son chagrin – un garçon, ça ne pleure pas ! - et que se plaindre indique un manque de courage. On félicitera longuement la petite fille qui a supporté stoïquement une piqure en lui disant « comme tu es grande ! » C’est peut-être cette attitude, inculquée dès l’enfance, qui fait que, devenus adultes, nous sommes irrités, voire exaspérés, par ceux qui, pour un oui ou un non, se plaignent.
 Et pourtant, ce ne fut pas toujours ainsi. Dans la Bible, un livre entier est consacré aux lamentations de Jérémie. Il fallut le siècle des Lumières pour que naisse le mot jérémiades, détournement, oh ! Combien péjoratif, de cet épisode biblique. Après la chute du temple de Jérusalem, il ne resta que le Mur des Lamentations, où les croyants viennent régulièrement  prier.
Dans certaines populations  africaines, lors d’un décès, il est de tradition de faire venir les pleureuses qui, à grand renfort de cris et de youyous se lacèrent le visage et expriment toute la douleur des endeuillés. Il est curieux de noter que cette coutume perdure en Corse, où les voceros des pleureuses jouent le même rôle.
Lors des états généraux de 1789, les cahiers de doléances mirent en évidence tous les mécontentements du peuple. Chacun sait les événements tragiques et les profonds bouleversements qui en découlèrent.
Il reste encore dans notre pratique judiciaire actuelle la possibilité pour chaque citoyen de « porter plainte » devant un officier de police, lorsque l’on estime avoir subi un préjudice dont on demande réparation. Mais ce ne sont pas ces plaintes légitimes, exprimées selon une procédure déterminée, qui provoquent énervement et irritation.
Qui n’a pas, dans son entourage, un parent, un ami, un collègue dont on répète à l’envi qu’il passe son temps à se plaindre ? Tout lui sert de prétexte : un simple rhume, la plus légère brûlure, la moindre courbature…qui, pour cette personne, n’ont rien de banal. Les risques d’aggravation sont avérés, la guérison adviendra difficilement et beaucoup plus tard. Son médecin le sait bien, qui la voit dans son cabinet tous les quatre matins ! Mais le champ de ses plaintes ne se limite pas au corporel. Sans être vraiment paranoïaque, elle a vite tendance à accuser autrui de malveillance, d’intentions néfastes, quand elle ne s’en prend pas à Dieu le Père en personne, coupable de l’avoir fait naître trop petite, ou trop grande, mal bâtie, si bien que, les autres ne s’en rendent pas compte, c’est terriblement compliqué de trouver vêtements, chaussures… et même voiture qui lui conviennent. L’entourage la connaît bien : elle a toujours été comme ça. On accueille son discours avec un léger sourire au coin des lèvres, on lâche une vague parole d’une compassion que l’on ne ressent pas, et, sans en faire cas, on passe très vite à autre chose. Il arrive même, quand elle est absente, qu’on s’en amuse franchement.
Qu’en est-il au téléphone ? Il y a, certes, dans certains appels, une plainte du type ras le bol. Parce que soudain on n’en peut plus, que trop c’est trop, qu’on n’a personne à qui le dire et que, pourtant, il est urgent que ça sorte… Il est vraisemblable que, ce temps d’écoute et de parole ayant permis que la tension retombe, cela suffira pour que, le courage revenu, on puisse poursuivre vaille que vaille sa vie chaotique.          
Mais ce n’est pas ce dont il s’agit dans les plaintes à répétition…Tous les écoutants ont en mémoire  ces appels éprouvants d’une personne volubile qui étire interminablement la liste de ce qui ne va pas, de ce qui lui manque, de ce qu’on lui fait subir…Alors, en serviteurs fidèles de la Charte, ils vont tenter, à chaque fois qu’ils en auront la possibilité, d’ouvrir une piste, d’esquisser une proposition qui l’aideraient à reprendre un peu d’initiative dans cette vie qu’elle supporte si mal. Peine perdue ! La réponse est toujours la même : « Oui… mais…non ! » Rien n’est jamais possible, pas même envisageable. Au téléphone l’écoutant ronge son frein, ne répond plus que par monosyllabes à ce flot de paroles ininterrompu qui dure, qui dure… Quand, enfin, la personne a accepté de raccrocher, il se retrouve avec un profond sentiment d’inutilité et d’échec. Il en parlera au partage suivant et tous conviendront qu’il est difficile d’être confronté à sa propre impuissance.
Le comble est qu’il sait qu’il risque fort, lors d’une prochaine écoute, de la retrouver, d’entendre la même histoire, car elle appelle souvent, très souvent, si bien qu’on  reconnaît immédiatement sa voix et qu’on lui a même donné un nom : l’habitante de Trifouillis-les-oies, la femme au perroquet, le divorcé-remarié…Et, malgré sa gentillesse, sa patience, ses efforts de compréhension, il va, quand il entendra cette voix si connue, devoir constater qu’il aurait préféré que cela tombe sur quelqu’un d’autre.
Nul ne peut nier que, dans ces plaintes sans cesse réitérées, il y a une vraie souffrance. La vie que cette personne mène ne lui convient pas. Mais, alors que leur objet  est le plus souvent on ne peut plus concret – j’ai trop de travail ; l’argent manque ; mon dos me fait mal –ce n’est pas vraiment ce dont il s’agit. En tendant bien l’oreille on peut plutôt entendre : on ne me regarde pas ; je n’existe pas pour lui (ou elle, ou eux) ; et, finalement : je ne me sens pas aimée comme je  voudrais l’être, et ça, c’est insupportable ;  il faut donc que je le dise et le répète sans fin.
Pour ces personnes qui se sentent transparentes, qui se croient si peu importantes, et dont on ne reconnaît jamais la valeur de ce qu’elles font, elles ont enfin trouvé un moyen d’exister. Certains passent par le corps, qui clame à travers ses maux psychosomatiques à répétition une plainte muette. Les autres ajoutent aux mots d’autres mots qu’ils déversent à l’oreille de ces inconnus quasiment silencieux, et qui leur offrent sans compter leur temps, ce temps au cours duquel ils sont enfin reconnus, acceptés dans leur souffrance profonde.
Depuis plus de cinquante ans, quel chemin parcouru ! Les services d’écoute à la personne se sont développés, multipliés, diversifiés, que ce soit par la téléphonie sociale ou dans des lieux d’accueil. Ceux pour qui c’est encore trop se découvrir que de se dire à haute voix ont maintenant accès, grâce à Internet, à l’expression écrite, en direct à travers le chat, ou décalée dans la messagerie. Quand on ne confie pas, sur  Facebook ou Tweeter, à ses amis virtuels tout ce qui ne va pas…
De plus en plus de possibilités, (de chances ?) d’être enfin entendu. Cela suffit-il ? Rien n’est moins sûr ! Sans doute ceux-là même qui redisent indéfiniment leur plainte courent-ils éternellement après une écoute unique, celle qu’ils attendent d’une personne bien particulière, qui n’est hélas pas en mesure de la leur apporter ?

Françoise Legouis, du  Comité de rédaction
Revue de S.O.S Amitié France – Mars 2013 




Publié le 14 Mai 2013
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